Communiqué du 4 février 2025
L’Assemblée des Directions de Laboratoires prend acte de l’annonce d’un moratoire sur le projet « CNRS Key Labs » par le Président-Directeur général du CNRS dans sa lettre aux personnels du 30 janvier 2025. Cette décision est un premier pas dans la bonne direction, résultant de la forte mobilisation de la communauté scientifique. Mais il nous faut rester vigilant.e.s et nous assurer qu’elle n’est pas qu’un repli tactique pour négocier, dans le secret qui a prévalu ces derniers mois, un retour du projet sous une forme alternative.
L’ADL rappelle son opposition ferme à ce projet qui fragmenterait la recherche française, menacerait son eco-système et sa capacité à répondre aux enjeux scientifiques de nos sociétés, comme l’identifient les directions de laboratoire ayant répondu à notre questionnaire (synthèse à télécharger). Nous appelons donc à :
1. La poursuite de la mobilisation et de la vigilance de tou·tes les acteur·rices de la recherche contre le projet « CNRS Key Labs », et en particulier des directions d’unité,
2. L’abandon pur et simple de ce label, au-delà du simple moratoire,
3. Une réflexion collective et transparente sur la politique scientifique du CNRS, impliquant l’ensemble de la communauté scientifique.
4. Un sursaut budgétaire pour la recherche permettant au CNRS et aux Universités de sortir de méthodes de gestion de la pénurie, dont le dispositif des Key Labs n’est que le dernier avatar.
La Présidence du CNRS ne doit pas reproduire le schéma employé ces derniers mois : la consultation doit être large, commencer par un constat partagé d’une situation documentée et dument analysée. Si un problème est identifié, et partagé par la communauté et les instances consultatives et collégiales du CNRS, alors il faudra échafauder DES options (il n’y en a jamais qu’une) et analyser leur impact. Le CNRS et ses partenaires disposent de nombreuses compétences en interne pour faire ce travail collectivement.
En tant que Directions d’Unités, nous sommes au cœur des tensions et des incohérences qui résultent de la concurrence délétère entre les différents Organismes de Recherche et les Universités, qui souhaitent tous afficher un leadership dans la politique de recherche « d’excellence », quitte à se nuire les uns les autres pour (re)gagner un peu de terrain au gré des changements de Ministres. Nous affirmons notre attachement profond à la « mixité » incarnée par les UMR, que nous nous efforçons de maintenir au quotidien. Cette mixité est essentielle et ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une concurrence stérile. Il est temps de repenser les modèles d’ »excellence » et de « performance » de la recherche, en privilégiant la collaboration plutôt que la compétition.
Nous appelons tout·es les chercheur·es, enseignant·es-chercheur·es et personnels de soutien à rester mobilisé·es pour défendre une recherche publique de qualité, diverse et équitable, fondée sur la coopération entre tous les acteur·rices de la recherche française.