Les propos tenus par le DGDR étaient dans la droite ligne du message envoyé par le PDG du CNRS dans la journée. A savoir : ils sont conscients des problèmes, ils ont été totalement mobilisés et le sont encore mais pour eux le gros de la crise est passé. Toute la durée de la réunion a été un véritable dialogue de sourd, Ch. Coudroy ne prenant pas du tout la mesure de ce qui est en train de se passer dans les laboratoires et dans les délégations.

Propos liminaires de Ch. Coudroy :

Ils ont perçu la crise qui est tout en haut de leur agenda

Pas de retour en arrière possible car tous les outils ont basculé en même temps

L’objectif est la dématérialisation totale des missions et la simplification des procédures

Phase test marchait ; ils se sont rendus compte des nombreux problèmes seulement après le lancement national des outils

Résolution de trois plus gros bugs, le principal étant le dédoublement des frais Etamine+Notilus.

Ils sont vraiment persuadés que c’est la fin des problèmes puisqu’ensuite il s’est mis à parler au passé…

Ils continuent néanmoins à mettre la pression sur le prestataire privé sur les « petits » bugs.

Nous avons présenté les résultats de notre questionnaire (en pièces jointes et lui avons envoyé une partie des exemples et remarques qui sont remontés via le framaform) et fait remonter la détresse des IT, l’impossibilité des chercheurs de partir en mission, le temps perdu, le coût prohibitif, l’ineptie des outils déployés, le manque de formation, etc…

Côté ADL :

Voici quelques points abordés et les réponses apportées par Ch. Coudroy :

Prix prohibitifs des billets, manque de choix, durée des trajets improbables : ça n’a rien à voir avec le développement de ces outils. C’est le marché qui a été signé et le CNRS et tous ses agents sont tenus de le respecter. Le CNRS et ses agents peuvent être poursuivis s’il ne le respecte pas.

Manque de formation : il concède que les personnels n’ont pas été formés. Il est prévu une formation des gestionnaires grâce au développement d’une plate-forme test (pas de précision sur la date de son déploiement), pas de formation des missionnaires prévue en revanche

Outils non intuitifs : outil développé par un prestataire, pas possible de faire de grands changements, il mise sur la formation des agents et l’habitude avec le temps. A la question, avez-vous développer ces outils en consultant les utilisateurs, il assure que oui ce dont on peut douter au regard de l’usine à gaz déployée

Dépôt des justificatifs trop chronophages dans l’état de frais : ce n’est pas un problème dont il a connaissance mais il en prend note pour voir ce qu’il est possible de faire

Missions annulées, missions à refaire, impossibilité de réserver des billets, etc… : c’est de l’histoire ancienne, dans les jours qui viennent avec les bugs réparés, on va s’apercevoir que ces outils sont géniaux. Plus de problème et beaucoup de temps gagné…

Risques psycho-sociaux : pas de solution, cela devrait s’améliorer maintenant que les problèmes sont résolus

Coût des missions à la charge des missionnaires donc des laboratoires (2,5 HT) : c’est le principe de ce genre de prestation : on paye peu cher le développement et le prestataire se rattrape ensuite sur la facturation des missions. Ce n’est pas cher par rapport aux tarifs habituellement pratiqués. Comme le coût ne pouvait pas être pris par le CNRS sur la subvention d’Etat, il a été décidé de le faire payer par les labos. Pour l’instant on paie pour chaque tronçon de trajet ! : Négociation en cours avec le prestataire car ce n’était pas ce qui était prévu. Remarque de l’ADL : on perçoit bien ici l’emprise de l’externalisation de l’action publique et la prédation par le privé des ressources publiques via la facturation de ces services : depuis le déploiement des outils. plus de 50000 missions dans NOTILUS (avec les deux mois creux de l’été) soit d’ores et 125000 euros dans la poche du prestataire sans compter les missions comptées en double ou en triple !

Missionnaires ayant avancé les frais : ils seront remboursés mais pour l’instant il y a des délais importants car les agents des délégations doivent gérer les problèmes remontant des unités

Manque d’appui de certaines DR, manque d’information : il en prend note et en est étonné car il avait demandé aux DR de diffuser les messages envoyés par le siège

Possibilité de payer par Carte achat du laboratoire et de passer hors-marché si la situation le nécessite : des instructions ont été envoyées début Août pour transmission aux DU par les délégations. Apparemment ces instructions ne sont pas toujours parvenues et pas dans les termes initiaux. Et pour les DU qui les ont reçues, règles trop restrictives empêchant une réelle possibilité d’y avoir recours.

Nous avons clairement demandé au DGDR de placer les Directions d’Unité en situation de décider par elles-mêmes, en jugeant de la situation sur le terrain, du recours à une voie de contournement (carte achat, hors marché, etc.). « Il n’en est pas question, le risque juridique est trop grand à cause de la règles des marchés publics » fût la réponse assortie d’un « il est déjà considéré comme anormal, dans le fonction publique, que vous soyez ordonnateur secondaire sans compétence administrative ». Un bel écho à la note émise par le conseil scientifique du CNRS qui évoquait la défiance vis-à-vis des personnels de recherche. Dans une telle situation de crise, arbitrer systématiquement en faveur de la limitation du risque juridique, au détriment d’options susceptibles de réduire les risques psychosociaux (avec il est vrai moins de risques juridiques pour l’employeur), nous paraît être un des nombreux ressorts de la prolifération de la bureaucratie, qui, répétons-le, nuit gravement à la recherche.

En obtenant ce rendez-vous, nous espérions être entendus mais le message tel que « la crise est derrière nous » ne nous convainc pas tant le coût matériel et humain est là. Alors que nous sommes en première ligne face à ces dysfonctionnements, les remontées que nous avons pu faire ont été balayées. Nous avons exigé un rendez-vous dans une dizaine de jours pour lui faire un bilan sur ce qui se passait dans les laboratoires.